Le requin à pointes noires en Thaïlande : guide complet, comportement, habitat et observation à Koh Phi Phi et Maya Bay
- François
- 16 août
- 21 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Le requin à pointes noires, une star des récifs tropicaux
Imaginez-vous sur une plage de sable blanc en Thaïlande ou aux Maldives. Vous avancez dans une eau chaude et peu profonde lorsque vous apercevez soudain un petit aileron pointu à la surface. Pas de panique : vous venez probablement de rencontrer le requin à pointes noires, l'un des habitants les plus connus des récifs tropicaux.
Il est facile à reconnaître. Les extrémités de ses nageoires sont marquées de noir. Sur sa première nageoire dorsale, la pointe noire est particulièrement visible et soulignée d'une bande blanche. Cette silhouette très nette lui vaut même parfois le surnom d'« Aston Martin » des mers, en référence à ses proportions et à son allure.
Son nom scientifique est Carcharhinus melanopterus. Cette appellation vient du grec ancien et signifie littéralement « aile noire » ou « nageoire noire ». On le trouve principalement dans les eaux chaudes et peu profondes de l'océan Indien et du Pacifique, souvent près des récifs coralliens.
Son apparence peut impressionner, mais son comportement face à l'être humain est généralement bien différent de celui des requins agressifs montrés dans certains films. Il est plutôt timide et craintif. Pour les scientifiques, sa présence peut aussi donner une indication intéressante sur l'état d'un récif corallien.
Dans des régions comme la Thaïlande, les Maldives, l'Indonésie ou la Polynésie, il fait partie des animaux que les plongeurs et les amateurs de snorkeling espèrent souvent rencontrer.
À Koh Phi Phi, c’est possible de l’observer en plongée sous-marine, en snorkeling et même depuis le bord de l’eau à Maya bay.
Carcharhinus melanopterus : sa carte d'identité scientifique
Pour identifier précisément une espèce, les scientifiques utilisent la taxonomie. Le nom Carcharhinus melanopterus permet de distinguer ce requin de ses cousins.
« Carcharhinus » vient de karcharos, qui signifie aiguisé ou dentelé, et de rhinus, associé au nez ou à la râpe. Cette appellation fait notamment référence à ses dents tranchantes et à la texture de sa peau.
« Melanopterus » combine melas, qui signifie noir, et pteron, qui signifie aile ou nageoire. Le nom complet peut donc être traduit par « aile noire ». Pour un requin dont les nageoires semblent avoir été trempées dans de l'encre noire, le nom est plutôt bien choisi.
L'espèce a été décrite pour la première fois en 1824 par les explorateurs et naturalistes français Jean René Constant Quoy et Joseph Paul Gaimard, pendant leur voyage autour du monde à bord du navire L'Uranie. Le premier spécimen officiel a été trouvé près d'une île de Nouvelle-Guinée.
Depuis 1965, le requin à pointes noires constitue l'espèce modèle, ou espèce « type », du genre Carcharhinus.
Il appartient à la famille des Carcharhinidés, souvent appelée celle des « requins requiem ». Selon la région, on le retrouve sous plusieurs noms :
en français : requin à pointes noires ;
en anglais : Blacktip reef shark ;
à Hawaï : Mano pa'ele.
Il faut faire attention à une confusion assez fréquente. Le requin à pointes noires ne doit pas être confondu avec le requin bordé, lui aussi parfois appelé « blacktip » en anglais. Ce dernier vit plus au large et peut devenir beaucoup plus grand et plus massif.

Comment reconnaître un requin à pointes noires ?
Le premier indice est évident lorsqu'on le voit de près : les pointes noires des nageoires. La première nageoire dorsale est particulièrement caractéristique, avec sa pointe noire soulignée par une bande blanche bien visible.
Le corps est robuste et fuselé, avec une forme de torpille adaptée à la nage rapide. La tête est large et le museau est relativement court et arrondi.
Un adulte mesure généralement environ 1,60 mètre, mais certains individus exceptionnels peuvent atteindre 2 mètres.
Le dos est gris-brun alors que le ventre est blanc. Cette différence de coloration correspond à une stratégie de camouflage appelée contre-illumination. Une ligne blanche horizontale apparaît également sur les flancs, depuis la nageoire pectorale jusqu'à l'arrière du corps.
Ses dents sont triangulaires et dentelées, comme de petites scies. Cette forme lui permet d'agripper plus facilement les poissons glissants.
Les yeux sont de taille moyenne et ovales. Les narines possèdent un petit rabat de peau spécialisé dans la détection des odeurs.
Les nageoires pectorales sont falciformes, c'est-à-dire en forme de faux. Cette forme lui donne une grande agilité lorsqu'il se déplace entre les formations coralliennes.
Une anatomie parfaitement adaptée à la vie sous-marine
Comme les autres requins, le requin à pointes noires n'a pas de squelette constitué d'os durs. Son squelette est fait de cartilage, une matière souple comparable à celle qui compose notamment notre nez et nos oreilles.
Cette structure est plus légère que l'os et lui permet de nager rapidement tout en limitant ses dépenses d'énergie.
Le poids dépasse rarement une quinzaine de kilogrammes, même pour les plus grands spécimens.
Il ne possède pas de vessie natatoire. Pour rester entre deux eaux, il utilise notamment ses nageoires pectorales comme les ailes d'un avion afin de produire la force nécessaire à sa flottabilité entre deux eaux.
Son métabolisme est élevé et ses besoins en oxygène sont importants. Il doit souvent continuer à nager pour faire circuler l'eau oxygénée sur ses grandes fentes branchiales.
Ses mâchoires ont une autre particularité. Elles ne sont pas rigidement attachées au crâne et peuvent se projeter vers l'avant, ce qui lui permet d'aspirer rapidement une proie.
Sa peau est recouverte de milliers de petites structures appelées denticules dermiques. Elles ressemblent à de minuscules dents et réduisent les frottements de l'eau. Le requin peut ainsi se déplacer avec moins de résistance.
Il possède également une stratégie assez particulière pour la digestion. Il peut se reposer dans des eaux très peu profondes et réchauffées par le soleil. La chaleur accélère son métabolisme et l'aide à transformer plus rapidement sa nourriture en énergie avant une nouvelle période de chasse.

Des sens extrêmement développés
Le requin à pointes noires possède plusieurs systèmes sensoriels très performants. Ils lui servent à repérer les proies, à éviter les obstacles et à surveiller ce qui se passe autour de lui.
Un odorat et une ouïe très performants
Son odorat lui permet de détecter des concentrations extrêmement faibles de sang et d'autres signaux chimiques à grande distance. Il utilise aussi ce sens pendant la reproduction pour repérer certaines phéromones.
Son oreille interne détecte les sons de basse fréquence. Il peut notamment percevoir les vibrations produites par un poisson blessé avant même de l'avoir dans son champ de vision.
Une vision adaptée aux récifs
Ses yeux possèdent une structure réfléchissante appelée tapetum lucidum. Elle agit comme un miroir et amplifie la lumière, ce qui l'aide à voir lorsque la luminosité diminue.
Le requin est particulièrement sensible aux mouvements et aux contrastes à une distance comprise entre 1,5 et 3 mètres.
Pour protéger ses yeux pendant un combat ou lors de l'attaque d'une proie, il possède une membrane nictitante, une troisième paupière transparente qui recouvre l'œil.
La ligne latérale : ressentir les mouvements de l'eau
Sur les flancs et la tête se trouve une ligne latérale composée de canaux remplis de liquide. Des cellules spécialisées appelées neuromastes détectent les petites vibrations et les changements de pression dans l'eau.
Ce système lui permet de se faire une représentation hydrodynamique de son environnement et d'éviter des obstacles, même dans l'obscurité totale.
Les ampoules de Lorenzini : son sixième sens
Autour du museau se trouvent les ampoules de Lorenzini, de petits pores remplis d'un gel conducteur. Elles détectent les champs électriques produits par les êtres vivants, notamment les battements du cœur et les mouvements musculaires.
Cette capacité est particulièrement utile lorsqu'une proie est cachée sous le sable ou lorsque le requin chasse la nuit.
Une séquence d'attaque très précise
Lorsqu'il chasse, le requin utilise ses sens dans un ordre assez précis. L'odorat et l'ouïe interviennent d'abord à distance. À mesure qu'il approche, la vision et la ligne latérale prennent le relais. Enfin, l'électroréception peut intervenir au dernier moment, juste avant la morsure.
Malgré cet arsenal, on peut estimer le taux de réussite d'une attaque lors d'une chasse classique entre 15 et 30 %. Ce taux peut augmenter lorsque les conditions sont favorables, notamment pendant la marée descendante, la nuit ou lorsque les proies sont vulnérables.
Où vit le requin à pointes noires ?
Le requin à pointes noires affectionne les eaux chaudes des régions tropicales et subtropicales. Son aire de répartition se situe dans l'Indo-Pacifique, depuis les côtes de l'Afrique de l'Est et la mer Rouge jusqu'à Hawaï et la Polynésie française.
Au nord, il peut être observé jusqu'au sud du Japon. Au sud, il est présent dans le nord de l'Australie.
Il a également atteint la Méditerranée en passant par le canal de Suez. Ce type de déplacement est appelé migration lessepsienne. Il correspond à la colonisation d'une nouvelle zone par une espèce qui profite notamment de ce passage artificiel entre la mer Rouge et la Méditerranée.
Son habitat préféré reste le récif corallien, surtout lorsque l'eau est peu profonde. Il fréquente les platiers récifaux, le haut des récifs, les tombants où le fond descend rapidement, les lagons calmes et les bancs de sable.
On le rencontre notamment dans des destinations tropicales comme la Thaïlande, les Maldives et l'Indonésie.
Le requin à pointes noires fréquente aussi les mangroves. Il peut y entrer et en sortir en suivant les marées pour chercher sa nourriture.
Il peut également occuper des zones moins claires, notamment les estuaires, là où l'eau douce des rivières rencontre l'océan. Il supporte même des secteurs où la concentration en oxygène est relativement faible.
C'est un spécialiste des eaux peu profondes. Il nage généralement entre 0 et 40 mètres, mais peut parfois descendre jusqu'à 75 mètres.
Les très jeunes individus peuvent rester dans moins de 10 centimètres d'eau. À cette profondeur, de nombreux grands prédateurs ne peuvent simplement pas les suivre sans risquer de s'échouer.
Un requin social et beaucoup plus complexe qu'on ne l'imagine
Les requins ont longtemps été présentés comme des animaux solitaires et peu intelligents. Le requin à pointes noires montre pourtant des comportements sociaux beaucoup plus variés.
Les individus peuvent vivre en petits groupes de deux à six requins. Ces regroupements ne seraient pas seulement le résultat du hasard. Certains individus ont des liens stables et passent régulièrement du temps avec des partenaires privilégiés.
À l'intérieur du groupe, les individus les plus grands et les plus dominants peuvent servir de modèles.
Certains requins prennent même l'initiative lors des attaques sur des bancs de poissons. Les autres peuvent apprendre de nouvelles techniques en observant les individus qui dirigent l'action. Les chercheurs rapprochent ce partage de connaissances d'une forme rudimentaire de culture.
Une mémoire qui dure plusieurs semaines
Le document indique que le requin à pointes noires peut disposer d'une mémoire à long terme supérieure à six semaines.
Il peut retenir le son particulier d'un moteur de bateau et l'associer à une source de nourriture. Il peut également résoudre certains problèmes lorsqu'il rencontre des objets nouveaux. Des scientifiques ont même observé des comportements ressemblant à du jeu.
Le langage du corps
Pour communiquer, il utilise principalement son corps.
Lorsqu'il est agité ou en colère, il peut courber le dos et orienter ses nageoires pectorales vers le bas, une posture comparable à celle d'un chat qui fait le gros dos.
Il semble aussi très attentif à ce qui se passe autour de lui. Son comportement peut changer lorsqu'il perçoit qu'un plongeur l'observe attentivement et s'approche. Il va alors chercher à s’éloigner de ce plongeur plus ou moins rapidement.

Un territoire de taille très variable
Selon des études australiennes:
Dans les atolls isolés : Les requins ont tendance à rester dans des zones très petites, souvent inférieures à 1 km² (environ 0,55 km²). C’est l’un des domaines vitaux les plus restreints connus chez les requins.
Sur des récifs côtiers : Une étude a montré que les adultes utilisent un espace moyen de 1,12 km².
La taille des territoires des requins à pointes noires de Koh Phi Phi n'a pas été étudié. Mais on peut supposer qu'il y a plusieurs populations réparties sur des domaines vitaux d'environ 1 km², ou plus dans certaines zones.
Dans des baies côtières : Ici, les territoires sont beaucoup plus grands en raison de la configuration de la côte. Les moyennes enregistrées sont impressionnantes :
19,4 km² pour les jeunes.
21,2 km² pour les femelles adultes.
36,1 km² en moyenne pour les mâles adultes.
Un cas exceptionnel a même été observé : un mâle adulte résidant à long terme possédait un domaine vital s'étendant sur 74,2 km².
Comment chasse le requin à pointes noires ?
Le requin à pointes noires est un chasseur rapide et actif. Il peut se précipiter sur un banc de poissons pour le surprendre.
Il pratique également la chasse coopérative. Plusieurs requins peuvent se regrouper, encercler des poissons et les pousser vers le bord de la plage pour les coincer. Lors de ces épisodes de chasse, certains individus peuvent même sortir entièrement de l'eau lors de sauts spectaculaires.
Son activité varie selon les moments de la journée. Il préfère souvent chasser au lever et au coucher du soleil, ou pendant la nuit, lorsque ses sens lui procurent de meilleures conditions pour repérer ses proies.
Les marées jouent également un rôle. Il devient plus actif lorsque la mer descend, car de petits poissons quittent alors leurs cachettes dans le récif et deviennent plus faciles à attraper.
Pendant la journée, il peut adopter une stratégie étonnante : rester dans des eaux très peu profondes chauffées par le soleil. L'augmentation de sa température corporelle accélère sa digestion et augmente la vitesse à laquelle il utilise sa nourriture pour produire de l'énergie.
Au sein du groupe, les individus les plus grands, souvent des femelles, prennent plus fréquemment l'initiative. Les jeunes peuvent les observer et apprendre certaines techniques de chasse.
Que mange le requin à pointes noires ?
Le requin à pointes noires est un carnivore actif. Il occupe une place importante dans le réseau trophique des récifs.
Il se nourrit principalement de petits poissons comme les mulets, les mérous et les carangues.
Il consomme aussi des invertébrés, notamment des crevettes, des crabes, des calmars et des poulpes.
Son régime peut toutefois être beaucoup plus varié. Il peut capturer des serpents de mer, des bébés tortues et des oiseaux marins tombés de leur nid.
Sur certaines îles, des observations ont même montré qu'il pouvait manger des rats qui s'étaient aventurés trop près de l'eau.
L'alimentation évolue avec l'âge. Ce changement est appelé changement ontogénétique. Les jeunes requins se nourrissent de très petites proies dans les zones peu profondes. Les adultes, eux, peuvent s'attaquer à des poissons plus gros et plus variés.
Le requin joue également un rôle dans l'équilibre du récif. En consommant certaines espèces de poissons, il évite qu'elles deviennent trop nombreuses et contribue ainsi au fonctionnement normal de l'écosystème.
Mais il peut lui-même être capturé par d'autres prédateurs. Les jeunes peuvent notamment être mangés par de grands requins ou par de grosses carangues.
Reproduction : comment naissent les requins à pointes noires ?
Le requin à pointes noires est vivipare placentaire. Les embryons ne se développent donc pas dans des œufs déposés à l'extérieur, mais à l'intérieur du corps de la femelle.
La mère possède deux utérus et les petits sont nourris grâce à un placenta qui les relie à elle pendant leur développement.
La maturité sexuelle arrive assez tard. Les mâles peuvent devenir capables de se reproduire vers 4 ou 5 ans, tandis que les femelles atteignent généralement cette maturité vers 7 ou 8 ans.
Dans la nature, la durée de vie est généralement comprise entre 10 et 15 ans, mais certains individus peuvent atteindre 25 ans.
L'accouplement se produit souvent en été ou au début de l'automne dans les eaux peu profondes. Le comportement du mâle peut être assez brutal : il peut mordre doucement les nageoires ou les flancs de la femelle. C'est l'une des raisons pour lesquelles des cicatrices sont souvent visibles sur le dos des femelles après la saison de reproduction.
La gestation dure entre 7 et 11 mois, en fonction de la région.
En Australie, elle dure environ 7 à 9 mois. Autour de certaines îles de l'océan Indien et du Pacifique, elle peut atteindre 10 à 11 mois.
Au terme de la gestation, la femelle donne généralement naissance à 2 à 4 petits. Des portées plus importantes sont possibles, mais restent rares.
À la naissance, les jeunes mesurent entre 33 et 60 cm.
Ils ressemblent déjà aux adultes, avec leurs marques noires bien visibles. Ils sont immédiatement autonomes et savent nager et chasser sans l'aide de leur mère.

La philopatrie maternelle : pourquoi certaines
femelles reviennent toujours au même endroit ?
La philopatrie maternelle désigne un comportement très particulier : les femelles reviennent mettre bas dans la zone où elles sont elles-mêmes nées.
Ce mécanisme explique en partie pourquoi certaines mangroves et certains lagons servent de zones de nurserie pendant plusieurs générations. Les femelles reviennent dans des endroits où les conditions leur ont déjà permis de survivre, ainsi que leurs ancêtres.
Certaines peuvent parcourir plus de 50 kilomètres pour rejoindre leur zone de naissance. Les observations montrent qu'elles peuvent revenir dans ces secteurs année après année.
Les chercheurs ont démontré ce phénomène grâce notamment à l'analyse de l'ADN mitochondrial, une partie du matériel génétique transmise uniquement de la mère aux enfants.
Des différences marquées entre les requins de différentes îles montrent que certaines lignées maternelles restent fortement attachées à des sites précis.
Les mâles sont beaucoup plus mobiles. Ils voyagent davantage entre les récifs à la recherche de partenaires, ce qui contribue au brassage des gènes entre les populations.
Cette fidélité des femelles représente toutefois un problème lorsque leur habitat disparaît. Si une zone de nurserie est détruite par la pollution ou les constructions humaines, une lignée maternelle entière peut être touchée. Les femelles ne changent pas facilement de lieu de mise bas.
Les nurseries : les premiers mètres de la vie d'un jeune requin
Les jeunes requins à pointes noires commencent leur vie dans des zones protégées appelées nourriceries.
On les trouve dans des secteurs calmes comme les lagons, les mangroves ou le bord des plages tropicales.
Les petits peuvent rester dans moins de 10 centimètres d'eau. Cette faible profondeur leur procure un avantage très concret : les grands prédateurs, et même les requins à pointes noires adultes, sont parfois trop volumineux pour y entrer sans risquer de s'échouer.
Les racines de mangrove offrent également des refuges supplémentaires, difficiles d'accès pour les gros poissons.
Pendant leurs deux premières années, les jeunes grandissent rapidement, avec une croissance d'environ 23 centimètres par an.
Ils profitent de la nourriture disponible dans ces habitats et consomment notamment de petits poissons, de petites crevettes et de jeunes poulpes.
Au début de leur vie, ils restent très proches de leur zone de naissance. Ils peuvent passer la journée à patrouiller dans quelques centimètres d'eau ou à se déplacer entre les racines des palétuviers.
Quand les jeunes requins quittent leur nurserie
Lorsque les jeunes atteignent une taille comprise entre 85 et 105 cm, ils deviennent des sub-adultes.
C'est généralement le moment où ils commencent à quitter la sécurité de leur nurserie. Ils ont besoin de nouvelles ressources alimentaires et leur taille leur permet désormais de mieux résister aux prédateurs.
Les déplacements peuvent alors devenir très importants.
Les scientifiques ont observé des jeunes capables de parcourir plus de 80 kilomètres. En Australie, un jeune requin a été suivi sur 81 kilomètres en 70 heures pour rejoindre des récifs situés au large.
Chez les adultes, les déplacements diffèrent selon le sexe.
Les mâles sont les grands voyageurs. Ils peuvent régulièrement parcourir 29 à 57 kilomètres entre différents récifs. Ces déplacements permettent aux populations de se rencontrer et de mélanger leurs gènes.
Les femelles restent davantage attachées à leur récif. Elles se déplacent moins, mais certaines peuvent malgré tout parcourir plus de 50 kilomètres pour revenir précisément dans la zone où elles sont nées afin d'y mettre bas.
Ces déplacements relient les plages, les nurseries, les récifs côtiers et les zones plus éloignées. Ils permettent à l'espèce de coloniser de nouveaux territoires et de recoloniser des secteurs où elle avait disparu.
Les populations de requins forment ainsi un ensemble de groupes résidents et de groupes mobiles répartis à travers l'océan.
Les menaces qui pèsent sur le requin à pointes noires
Le requin à pointes noires reste exposé à plusieurs pressions liées aux activités humaines.
Il a été observé une diminution de 30 à 50 % de la population mondiale au cours des 44 dernières années. L'espèce est actuellement classée Vulnérable sur la Liste rouge de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).
Cette situation s'explique notamment par sa biologie. Il grandit lentement, atteint la maturité sexuelle relativement tard et donne naissance à seulement quelques petits à chaque portée. Lorsque les adultes disparaissent trop rapidement, la population met du temps à compenser ces pertes.
La surpêche
Le requin à pointes noires est pêché pour sa viande, sa peau et l'huile de son foie.
Il est aussi capturé accidentellement dans des filets destinés à d'autres espèces.
La pêche des requins pour leurs ailerons représente une pression particulièrement forte et a contribué à une baisse importante des populations de requins dans le monde.
La destruction des habitats
Les constructions côtières détruisent certaines mangroves. Le dragage et la pollution dégradent les récifs coralliens.
Lorsque les zones de nurserie disparaissent, les femelles disposent de moins de sites adaptés pour mettre bas. Les jeunes perdent en même temps les endroits peu profonds qui leur servent de refuge.
Les pollutions difficiles à voir
Certaines perturbations sont moins faciles à observer directement.
En plus du bruit intense des moteurs de bateaux,le développement des éoliennes off-shore peut perturber les requins de deux principales façons :
Champs électromagnétiques : les câbles sous-marins produisent des champs électromagnétiques susceptibles de perturber les ampoules de Lorenzini, et donc potentiellement leur navigation et leur capacité à détecter les proies.
Bruit sous-marin : le battage des pieux pendant la construction produit des sons très intenses pouvant provoquer des blessures, des troubles auditifs, des changements de comportement, voire la mortalité à courte distance. Une fois les éoliennes en fonctionnement, le bruit continu, même moins intense, peut également perturber la perception des sons naturels et la communication entre les requins.
Les déchets plastiques représentent une autre menace. Les requins peuvent s'y emmêler ou être affectés par ces déchets lorsqu'ils flottent dans l'océan.
La protection internationale
Depuis novembre 2023, le requin à pointes noires est inscrit à l'Annexe II de la CITES. Cette convention internationale encadre et limite son commerce entre les pays.
Les Aires Marines Protégées et les sanctuaires où la pêche est interdite offrent également des secteurs dans lesquels les populations peuvent se reconstituer.

Maya Bay : l'un des meilleurs exemples de restauration en Thaïlande
Maya Bay, à Koh Phi Phi Leh, permet de voir très concrètement ce qui peut se passer lorsqu'un habitat est soumis à une forte pression touristique, puis bénéficie d'une longue période de repos.
La baie est devenue mondialement connue après avoir servi de décor au cinéma. À certaines périodes, elle a accueilli jusqu'à 6 000 touristes par jour.
Cette fréquentation a fortement dégradé le site. Environ 80 % des coraux avaient été détruits.
Les requins à pointes noires avaient également quitté les environs immédiats de Maya Bay. À cause du bruit des moteurs et de la pollution, la population se trouvait notamment à plus d'un kilomètre de la baie, sur un site appelé Palong.
Ce secteur se trouve le long des falaises et comprend un petit renfoncement moins profond, mais les conditions y étaient moins favorables au développement de la population. Maya Bay offre plus d’eaux peu profondes et davantage exposées au soleil.
En 2018, le gouvernement thaïlandais a fermé complètement la baie aux visiteurs et aux bateaux.
Pendant cette période, scientifiques et bénévoles ont pu intervenir sur le récif. Entre 5 000 et 20 000 fragments de coraux ont été replantés pour reconstruire progressivement l'habitat.
La réponse du milieu naturel a été visible. Après l'arrêt du trafic des bateaux dans la baie, les requins sont revenus en nombre. Les conditions sont redevenues favorables au développement de cette population. Tôt le matin, entre 90 et 160 requins peuvent désormais être observés ensemble dans les eaux transparentes de la baie.
Si vous souhaitez observer les jeunes requins depuis le bord dans le respect des règles du parc, découvrez nos sorties snorkeling et excursions à Maya Bay.
La réouverture de la plage en 2022 s'est accompagnée de règles beaucoup plus strictes.
La baignade est interdite et les visiteurs ne peuvent mettre les pieds dans l'eau que jusqu'aux chevilles, parce que c’est très vite le domaine des très jeunes requins ont besoin d’une profondeur de 10 centimètres.
Les bateaux ne peuvent plus entrer dans la baie au-delà de la ligne d’eau située à 300 mètres de la plage. Désormais pour se rendre sur la plage, les bateaux débarquent leurs passagers sur un ponton flottant derrière l'île.
À la date de rédaction de ce texte, en août 2026, les premières femelles nées en 2018 sont arrivées à maturité sexuelle et sont en train de donner naissance à une nouvelle génération. Depuis 2022, les mâles nés en 2018 ont commencé à disséminer leurs gènes dans des populations plus ou moins proches.
Les agents du parc national et des associations comme Green Guardians sensibilisent les habitants et les visiteurs à la protection du récif et à leur rôle dans cette conservation.
L'histoire de Maya Bay montre qu'un écosystème très dégradé peut retrouver son fonctionnement lorsque la pression touristique diminue suffisamment longtemps.

Peut-on voir des requins à pointes noires à Koh Phi Phi sans danger ?
Le requin à pointes noires est souvent associé à une image de prédateur agressif, notamment à cause du cinéma. Dans les observations présentées ici, son comportement envers les humains est beaucoup plus réservé. Il est généralement timide et préfère s'éloigner des plongeurs et des nageurs.
En fonction des périodes, nous pouvons observer des requins à pointes noires presque tous les jours à Koh Phi Phi. Il n’y a jamais eu d’attaque. Si c’était dangereux, il n’y aurait pas autant de volontaires!
Si vous n'avez jamais plongé, une première immersion encadrée est idéale pour réaliser votre baptême de plongée à Koh Phi Phi et peut-être découvrir ces animaux majestueux en toute sérénité
En Thaïlande, sa présence attire des milliers de plongeurs et de visiteurs. Les revenus générés par cette activité peuvent donner aux populations locales une raison supplémentaire de protéger les requins plutôt que de les pêcher.
Un requin vivant peut donc avoir davantage de valeur pour une économie locale qu'un requin capturé puis vendu sous forme de viande, d'huile ou d'ailerons.
Comment se comporter lorsqu'on rencontre un requin à pointes noires ?
Lorsqu'un plongeur ou un snorkeler rencontre un requin à pointes noires, le comportement adopté peut modifier la scène.
Le mieux est de rester calme sans bouger, et surtout d'éviter de poursuivre l'animal ou de réduire volontairement la distance.
Un requin peut être plus susceptible de s'approcher lorsque l'observateur reste calme et évite de le fixer trop intensément. Observer fixement un requin ou tout autre poisson est souvent interprété comme un comportement de prédation. Il va donc chercher à s’éloigner.
Pour être parfaitement à l'aise sous l'eau et appliquer ces bons gestes d'observation, suivre une formation PADI Open Water est vivement recommandé.
Dans certains pays, les guides touristiques nourrissent volontairement les requins afin de les faire venir près des bateaux. Nourrir des animaux sauvages pour en faire une attraction touristique peut provoquer des impacts écologiques et sanitaires, et bien-sûr des risques de morsure. Ce n’est donc pas une activité que nous pratiquons et dont nous faisons la promotion. Néanmoins cela a permis de comprendre certains comportements des requins à pointes noires:
Ces animaux ont une bonne mémoire et peuvent associer le bruit des moteurs à l'arrivée d'une source de nourriture. Une étude réalisée pendant la période du COVID-19 en Polynésie a montré que lorsque les touristes ont disparu, les requins ont cessé de venir sur certains de ces sites où ils étaient nourris. Ils sont revenus lorsque les premiers bruits de moteurs ont repris.
Cette observation montre qu'ils peuvent mémoriser une association entre un bruit et une récompense. Elle montre aussi qu'ils ne dépendent pas des humains pour survivre, même s'ils peuvent retenir certains endroits où la nourriture est disponible à certains moments.
L'homme reste la principale menace
Malgré sa place dans les écosystèmes côtiers et son intérêt pour les plongeurs, le requin à pointes noires reste exposé à plusieurs pressions humaines.
La pêche pour la viande, l'huile de foie et les ailerons continue de faire partie des principales menaces.
Le bruit des bateaux perturbe aussi leur environnement.
La pollution marine ajoute d'autres problèmes, notamment les déchets plastiques et les effets de certaines substances rejetées dans l'eau. Les crèmes solaires sont une source de pollution sous-estimée.
Protéger cette espèce suppose donc de préserver les animaux, mais aussi les habitats dont ils dépendent : récifs coralliens, mangroves, lagons et zones côtières peu profondes.
Conclusion : pourquoi le requin à pointes noires mérite notre protection
Le requin à pointes noires est un prédateur généralement timide, mais il occupe une place importante dans les récifs coralliens. Il participe à la régulation des populations de poissons et sa présence peut être un indicateur intéressant du fonctionnement d'un écosystème marin.
L'espèce reste toutefois vulnérable. La surpêche, la destruction des mangroves et des récifs, ainsi que la pollution ont contribué à une forte baisse des populations.
Sa biologie ne facilite pas une récupération rapide. Il grandit lentement, atteint la maturité sexuelle relativement tard et les femelles donnent naissance à seulement 2 à 4 petits par portée.
La fidélité des femelles à leur lieu de naissance ajoute une difficulté supplémentaire. Une nurserie détruite par la pollution ou les constructions humaines n'est pas facilement remplacée par une autre.
Maya Bay apporte toutefois un exemple concret de ce qui peut se produire lorsqu'un site est protégé pendant plusieurs années.
La fermeture de la baie en 2018, la restauration des coraux et les mesures prises depuis la réouverture en 2022 ont accompagné le retour d'un grand nombre de requins à pointes noires. Les observations rapportées dans ce document montrent notamment la présence de 90 à 160 individus dans la baie au petit matin.
L'écotourisme responsable peut également avoir un rôle économique. Aux Maldives, en Polynésie, en Thaïlande et dans d'autres destinations, la présence de requins attire des plongeurs et des visiteurs. Les revenus liés à cette activité peuvent donner aux populations locales une raison concrète de protéger l'animal.
Pour agir à son échelle, on peut par exemple limiter l'utilisation de crème solaire en portant un lycra ou un tee-shirt synthétique, casquette, chapeau ou tout autre couvre-chef adapté. C’est une solution plus efficace et moins coûteuse que l'utilisation systématique de crème solaire.
Les crèmes solaires présentées comme n'endommageant pas les coraux sont plutôt à déconseiller, bien qu'elles restent généralement autorisées dans les parcs nationaux.
Autre geste simple : refuser les produits fabriqués à partir de requins.
La protection du requin à pointes noires passe enfin par la protection des endroits où il vit et se reproduit. Une mangrove, un lagon ou un récif corallien peuvent sembler très différents lorsque l'on nage au-dessus, mais ils font tous partie du même cycle de vie.
Le cas de Maya Bay montre ce qui se passe lorsque ce cycle est interrompu, puis lorsque l'on réduit suffisamment la pression humaine pour laisser le milieu récupérer.
Pour toute question sur nos sorties ou pour bloquer votre place à bord, n'hésitez pas à nous contacter.

Questions Fréquentes - FAQ
Le requin à pointes noires est-il dangereux pour les baigneurs et plongeurs à Koh Phi Phi ?
Non, le requin à pointes noires est un animal timide et craintif qui évite le contact humain. Aucune attaque n'a été répertoriée à Koh Phi Phi, ce qui permet de l'observer sereinement en plongée ou en snorkeling.
Quels sont les meilleurs endroits pour voir des requins à pointe noire à Koh Phi Phi ?
1. Exclusivement en plongée bouteille
Bida Nok : L'un des plus beaux sites autour de l'archipel pour observer des requins à pointe noire en immersion complète.
2. En plongée bouteille et en snorkeling
Koh Phi Phi Leh (Viking Cave et le long des falaises) : Un secteur idéal pour croiser des requins, aussi bien depuis la surface en palmant que sous l'eau en bouteille.
3. En snorkeling
Shark Point (Long Beach) : Le meilleur spot sur Koh Phi Phi Don, très facilement accessible à la nage directement depuis la plage.
L'entrée de Maya Bay (le long des falaises) : Un excellent secteur pour palmer au-dessus des requins qui patrouillent le long du relief rocheux.
4. Depuis le bord
Plage de Maya Bay : Parfait pour les apercevoir dans les eaux très peu profondes... uniquement depuis la plage, la baignade y est strictement interdite.
Astuce : Privilégiez tôt le matin à Maya Bay pour maximiser vos chances d'apercevoir les requins dans des eaux calmes.
Peut-on se baigner avec les requins à Maya Bay ?
Non. La baignade est strictement interdite dans la baie de Maya Bay afin de protéger la nurserie de requins et les coraux replantés. Les visiteurs peuvent uniquement s'avancer dans l'eau jusqu'aux chevilles.
Combien de requins à pointes noires peut-on voir à Maya Bay ?
Depuis la fermeture écologique et la restauration du site, entre 90 et 160 requins à pointes noires peuvent être observés ensemble tôt le matin dans les eaux peu profondes de Maya Bay.
Pourquoi les jeunes requins vivent-ils dans moins de 10 cm d'eau ?
Les jeunes requins utilisent les très faibles profondeurs des lagons et mangroves comme nurseries car cela empêche les grands prédateurs et les adultes d'y pénétrer sans risquer de s'échouer.
Quelle est la taille d'un requin à pointes noires adulte ?
Un adulte mesure en moyenne 1,60 mètre de longueur, bien que certains individus exceptionnels puissent atteindre jusqu'à 2 mètres.
Quelle est l'espérance de vie d'un requin à pointe noire ?
Dans leur milieu naturel, ils vivent généralement entre 10 et 15 ans, certains spécimens pouvant atteindre 25 ans
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